16/05/2010

LIEGE ARMURERIE

Au Japon , la fabrication de sabres est un art traditionnel . Certains  forgerons sont élevés au titre respecté de  « trésor national vivant » . Ce titre désigne un artiste qui par sa connaissance a atteint la maîtrise de son domaine d’activité  .  

 

Le savoir-faire des forgerons nippons est un héritage d’une activité séculaire qui  reste inégalée , et ne peut être reproduite par les techniques industrielles les plus modernes .

 

Les armes  de « maîtrise » possèdent des qualités  physiques et esthétiques  résultant d’un travail de l’acier  très rigoureux  et très technique . Mais avant d’arriver à la maîtrise , il faut d’abord être apprenti . Traditionnellement l’apprenti réside chez le maître et suit son enseignement , il apprend des techniques et plus important , comment on reconnaît la qualité et les conditions pour y accéder .

 

 

Il n’existe pas, même actuellement , d’Académie pour apprendre cet art . Toutefois pour forger des lames de plus de 15 cm au Japon , on doit disposer d’une licence donnée par le Ministère de l’éducation .

Il faut d’abord suivre un enseignement d’au moins 4 ans auprès d’un forgeron lui-même détenteur d’une licence et passer l’examen annuel des nouveaux forgerons .

 

A cet examen , il est demandé de réaliser un sabre à partir des matières premières brutes jusqu’à sa finition .

 

Un élément primordial de l’enseignement  est le lien  maître/élève qui permet le passage du savoir , la transmission d’un art complexe d’une génération à l’autre .

L’apprenti doit être comme une page blanche sur lequel le maître va  imprimer son expérience .

Apprendre , ne pas croire qu’on sait , le maître Zen dit à l’apprenti :

 "Comment puis je te servir du thé , si ta tasse est déjà pleine ? "

 

Si une activité à Liège peut être qualifiée de « trésor national vivant » ou de patrimoine immatériel ,  c’est bien l’armurerie.  

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Les ateliers Francotte ( fabriquant d'armes ) au Mont-Saint-Martin , le bâtiment est resté longtemps inoccupé , il vient d'être réhabilité et transformé en clinique esthétique .

L’activité armurière a connu son apogée au début du 19 ème siècle , on estime à cette époque qu’elle employait 14.000 personnes .

Sous l’ancien régime elle devait occuper vers 3.000 personnes , les armuriers étaient soit repris dans la corporation des charpentiers ou des fèvres .

Toutefois l’estimation est rendue difficile car les travailleurs situés en dehors de Liège n’étaient pas repris dans les registres .

Les armuriers à cette époque travaillaient en petites structures de type familial  de moins de 10 personnes .  

 

Lorsqu'on examine des listes d'armuriers repris dans les recensements des quartiers  liégeois ( 1689 , 1736 ... )  , on note la présence de femmes , célibataire ou veuves actives dans la profession en tant qu' armurier ,  marchande d'armes  , ouvrière en armes , faiseuse de garde de fusils ou des filles  ( apprentie polisseuse , ouvrière sous maitre )....

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Un très beau sgraffite , celui du fabricant d'armes Servart . 

Voir aussi au Quai Mativa , la maison N. Pieper ( 1908) , fabriquant d'armes dont les initiales sont mentionnées sur la façade , architecte Rogister .

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A Liège  , au 17 ème siècle et surtout au 18 ème siècle , les armuriers étaient répartis par spécialité par quartiers . On peut évaluer au 18 ème siècle , à Liège ,  une production de 200.000 à 300.000 armes par an . 

Toutes les types d’armes portatives ont été fabriquées au 18 ème siècle , les armes d’artillerie sont abandonnées , les munitions type boulets de canon seront encore fabriquées ; Liège va fabriquer des armes blanches , des armes à feu  militaires et civiles et des armes dites de traite ( armes destinées aux colonies , des qualité médiocre ) .

 

Le rayonnement de l’armurerie Liégeoise est tel qu’il essaima dans l’Europe , fondant d’autres manufactures .

En 1719 Barthélemy Malherbe Maitre forgeron à Nessonvaux part en Suède avec 13 ouvriers .

Les armuriers Liégeois partent à Paris , Saint Etienne , Charleville . Entre 1722 et 1725 , le roi de Prusse fait venir 170 maitres et compagnons armuriers avec femmes et enfants pour fonder les manufactures de Postdam et Spandau . Des Liégeois établissent des arsenaux pour les Autrichiens à Namur et à Malines . D’autres créent en 1759 en Gueldre , la manufacture de Culembourg .

 

C. Gaier , quatre siècles d’armurerie Liégeoise , Liège , 1976 .

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L'école d'armurerie de Liège , Léon Mignon . A deux pas de la Place Saint Lambert .

En 1897, l'école d'armurerie de Liège est fondée à l'initiative de l'Union des Fabricants d'Armes avec le concours du Gouvernement, de la Province et de la Ville de Liège.

(L'Union des Fabricants d'Armes donnera naissance plus tard à la Fabrique Nationale)

La création d'une école d'armurerie permettait aux patrons armuriers de disposer d'une main d'oeuvre qualifiée qui trouvait immédiatement un emploi au sortir de l'école à une époque où la FN employait des milliers d'ouvriers et de très nombreux ateliers sous-traitants travaillaient dans le secteur de l'armurerie.

Dénommée école d'armurerie à l'origine, elle se donnait pour but d'inculquer aux élèves les connaissances nécessaires pour devenir de bons armuriers. Progressivement, l'école décide de s'adjoindre des sections de fine mécanique (machine-outils, ajustage), d'arts appliqués (gravure, bijouterie) et d'horlogerie.

L'horlogerie a malheureusement disparu du programme des cours aujourd'hui.
C'est une perte de patrimoine culturel et immatériel irréparable.

La gravure quant à elle a été intégrée tout naturellement  au cursus puisqu'elle complétait, telle une oeuvre d'art , les armes de luxe.
La technique de la gravure au marteau et au burin est typique de l'école liégeoise.

La bijouterie permet aux étudiants de manier les métaux, précieux ou autres, et beaucoup complètent leur formation par la gravure.

La fine mécanique permet à l'école d'obtenir sur place l'outillage nécessaire à la fabrication des armes ou utile aux graveurs et bijoutiers.Cette section moins connue qui mérite très certainement le détour  car  forme des professionnels très qualifiés sur des machines puissantes qui façonnent les métaux .

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Une école renommée qui figure en bonne place sur le curriculum de graveurs et d'armuriers très réputés .

La diversité même de l'enseignement qui  est dispensé rend l'école unique en Europe , sa réputation dépasse nos frontières, puisqu’elle a accueilli et continue de compter de nombreux élèves Français, mais aussi Italiens, Canadiens, Sud-Africains, Japonais, etc.

L'excellence des formations dispensées par l'école liégeoise d'armurerie se traduit notamment par l' admission de trois de ses anciens élèves au rang prestigieux de Meilleur Ouvrier de France.

 

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Le grand Curtius abrite actuellement la collection du musée des armes .

Curtius ( 1551-1628 ) , munitionnaire , une autre référence au commerce des armes et munitions à Liège , fit construire ce Palais et sa résidence entre 1597 et 1605 .

Le musée d’armes de Liège a été créé en 1885 ,  il était situé jusqu’il y a peu dans l’hôtel de Hayme de Bomal   ( qui fait partie maintenant de l’ensemble du Grand Curtius ) . L’hôtel particulier ainsi que la collection d’armes avait été vendue à la Ville de Liège  à l'époque par son propriétaire , le fabriquant d’armes Pierre Joseph Lemille  , qui a versé le produit de la vente aux Hospices civils de Liège . 

Actuellement , les armes ont déménagé de quelques centaines de mètres  avec l’ouverture du GC  ,  la galerie des armes est située dans la résidence Curtius . 

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Les galeries d'armes du Grand Curtius  , des armes de toute provenance  et de toutes origines dont certaines de fabrication Liégeoise ( Louis Malherbe , Joseph Lemille , Albert Simonis , Auguste francotte , Pieper , Rongé Frères , J. Renkin , M. Lejeune , Michel J. Chaumont , Charles Haaken-Plomdeur , Dewalle Frères ...) 

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Les collections d'armes du Grand Curtius  

Créé à Liège en 1672 , le banc d’épreuves  des armes à feu est le lieu où toutes les armes à feu doivent être éprouvées avant  leur vente  en Belgique afin de s’assurer de leur sécurité de fonctionnement . D’abord affermée à un particulier  jusqu’en 1847 , la gestion du banc fut confiée à des fonctionnaires de  l’ Etat . Avant 1907 , le banc d’épreuve était situé dans le quartier Saint Léonard , proche du domicile des garnisseurs de canons .

Actuellement , il est situé rue Fond des Tawes , il s’occupe de l’épreuve de toutes les armes portatives , la neutralisation des armes , l’homologation et contrôle des munitions ,  possède un laboratoire balistique pour tests de résistance sur verre , céramique , textile , composite , il s’occupe aussi de l’homologation des armes d’alarme .

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Lebeau-Courally ( photo armurerie Jeannot )

L'activité armurière de Liège  , un savoir-faire ancien , notre patrimoine immatériel , 

Voici l' un de nos "Trésors nationaux vivants" : Lebeau-Courally  .

En 1865 , Auguste lebeau ouvre sa manufacture d'armes de chasse de luxe . Peu avant sa mort , Il s'associe à Fernand Courally en 1898 qui lui succédera .

En 1902 la firme se nomme Webley-Lebeau-Courally , en 1912 , Fernand Courally se retire , la firme s'appelle alors la SA. continentale Auguste Lebeau-Courally , sous la direction de l'anglais Ph. Reeves . En 1956 , la Société est reprise par Joseph Verrees ( fabriquant déjà sur la place de liège ) ,  en 1982 , au décès de Joseph Verrees , l'activité est reprise par sa nièce Anne-Marie Moermans-Ramakers  , continuant l'activité prestigieuse des armes de luxe  et relevant  la tradition de l'activité armurière liégeoise . 

Les Lebeau-Courally toujours fabriquées à Liège et  font partie des armes de chasse  les plus prestigieuses au monde .

En regardant sur internet , vous trouverez des Lebeau-Courally  en vente  , par exemple :  le modèle Nemrod  : 78.000 € , Colorado : 53.900 €  ( armurerie Jeannot  ) .

http://lebeau-courally.com.apache03.hostbasket.com/index.php?page=francais

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Lebeau-Courally ( photo armurerie Jeannot )

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Sources :

Le musée d'armes , études et recherches sur les armes anciennes , bulletin périodique de l'ASBL "les amis du Musée d'armes à Liège" , éditeur responsable Cl. Gaier

Le Siècle des Lumières dans la Principauté de Liège , Musée d'art Wallon , catalogue de l'exposition , 1980

Vers la modernité , le XIX ème siècle au Pays de Liège , catalogue de l'exposition , 2001 .

http://www.unesco.org/culture/ich/index.php?lg=FR&topic=lht&cp=JP

 

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Prochain Post le dimanche  23 mai  2010 .