04/04/2010

LIEGE RUE DES REMPARTS

La rue des Remparts est située à proximité de la rue Sainte Marguerite , et de la rue Saint Severin  d’un côté  , de l’autre , elle voisine la rue Hocheporte et  la rue de l’académie , on y accède des deux côtés par des escaliers .

De ces escaliers Liégeois faits de deux ou trois rangées de pavés de grès , maintenus par une bordure de pierre calcaire , de ces marches qui  s’adoucissent en paliers .

 

C'est un endroit  confidentiel  , bourré de charme .

 

Il y a de ces lieux à Liège , merveilleux , si proches du centre ville et  pourtant incroyablement calmes , comme retirés de l’agitation .  

Il n’est pas étonnant que cet endroit  ait été une terre d’élection d’ artistes et  d’ ateliers d’artistes .

 

La proximité du ciel  , sans doute  .

 

Si vous passez dans le coin ,  faites un détour  , succombez à cette fascination que dégage les lieux , adoptez une de ces maisons et installez à votre tour un atelier .

 

Toutes ces maisons attendent simplement qu’on les réveille , qu'on les aime .

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La rue des remparts est a deux pas de la rue Sainte Marguerite .

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 Une rue toute en escaliers , calme , champêtre .

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Sander Pierron ( écrivain , journaliste, critique d'art ) se rendait  à Liège durant les années de guerre (14-18) tous les 15 jours donner des cours à l'Académie des Beaux arts . Il partait de Bruxelles le vendredi et rentrait le dimanche au crépuscule . Au début les trajets entre les deux villes duraient 8 à 10 heures , il était reçu et logé par des amis liégeois . Il fit la connaissance du peintre Ernest Marneffe dans le cabinet du Recteur de l'Académie , le graveur François Maréchal . Il sympathisa avec Marneffe , ce fut le début d'une amitié . 

Sander Pierron organisera une exposition à Bruxelles des oeuvres de Marneffe en 1920 , exposition qui remportera un franc succès , malheureusement Ernest  Marneffe devait décéder peu de temps après . 

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 Sander Pierron raconte à propos de l'atelier du peintre Marneffe , rue des Remparts :

( …) Le lendemain matin , j’allai à son atelier , au sommet de cette rue des Remparts d’où l’on découvre tout le panorama de la ville de Liège et où naguère j’étais venu dans un autre atelier , disputer parfois avec le bon statutaire Joseph Rulot . Si j’ai appris à apprécier Liège , à aimer Liège , c’est en communiant avec l’âme artiste de quelques Liégeois , et chacune des fortes impressions partagées avec ceux –ci a élargi ma curiosité , mon attention et mon penchant pour une vieille cité qui a l’origine parlait peu à mon cœur et à mon esprit . Les causeries , là-haut , entre ciel et terre , dans la petite maison du peintre , devinrent une des meilleures joie de mes séjours . A travers des confidences , en examinant des dessins , des études et des tableaux commentés par l’artiste je suivis l’existence de mon camarade et put marquer les étapes d’une existence déjà longue toute consacrée à la poursuite d’un idéal dont la beauté toujours renaissante entretient en lui l’ardeur d’une jeunesse inépuisable . (…) 

Dans Sander Pierron , Un peintre de la femme : Ernest Marneff , Edition du Pays Belge , Bruxelles , 1920

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 La maison du peintre Ernest Marneffe  , sur le dessus de la maison on aperçoit une verrière , probablement  l'atelier .

Voir  les archives ,  le Post " Liège-sensuel " du  23-11-2008

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Copie de P1040308

Les escaliers du côté de la rue hocheporte  , au loin la basilique Saint Martin

Bibliographie : 

Sander Pierron , Un peintre de la femme : Ernest Marneff ,  Edition du Pays Belge , Bruxelles , 1920

 Jacques Parisse , Ernest Marneffe , 1866-1920 , peintre de la femme , Mardaga  , 2001 .

Copie de P1040340

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Ce dimanche , j'ai contourné le parc du Cinquantenaire , car en raison de multiples travaux l'avenue de Tervuren n'était pas accessible  jusqu'au bout . En rejoignant l'avenue de Cortenberghe , juste derrière la mosquée , j'ai entrevu la silhouette d'un bâtiment cubique qu'il m'a semblé reconnaître .( en fait , je ne l'avais vu qu'en photo ) 

C'était le pavillon " des passions humaines" de Jef Lambeaux .

Voir le Post du 23-11-2008 , "Liège sensuel ".

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J'avais lu fin 2008  que sa restauration était programmée , mais en le voyant ce jour , on constate que s' il y a rénovation , elle n'est guère avancée , car il est dans un état désastreux .

Le pavillon a été conçu par Victor Horta , il abrite une oeuvre de Jef Lambeaux , qui illustre à merveille la violence des passions humaines . Une oeuvre qui dans un premier temps devait être exposée au regard du passant . 

Cette oeuvre a connu une mise à l'écart qui ne semble pas près de s'achever .

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Cette porte et son cadenas illustrent la destinée malheureuse d'oeuvres que les sots qualifient de "maudites" .

L'oeuvre de Jef Lambeaux était très forte pour son époque , et le reste encore actuellement . 

Je suis pessimiste quant à l'évolution des mentalités . Tous les jours dans la vie quotidienne on peut se rendre compte que la libération des corps et des esprits n'est plus d'actualité , une oeuvre comme celle de Jef Lambeaux doit révulser certains . 

Pourtant , pour l'art et son expression  , il y a des combats à mener . Au nom de la passion . 

 

 

 

 Prochain Post le dimanche 11 avril 2010 en soirée

23/11/2008

LIEGE SENSUEL


Liège sensuel

Il fût une époque où les hommes s'enflammaient à la vue d'une cheville ,

où les courbes féminines voluptueuses étaient appréciées ,

où une femme bien née ne devait figurer que deux fois dans le journal , lors de ses fiançailles , et à l'annonce de son décès ,

l'époque où les sentiments étaient empreints de pudeur et de respect ,

c'était aussi l'époque des grandes polémiques entre l'art et la bienséance .

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La chaire de vérité de la cathédrale saint Paul  réalisée par Guillaume Geefs , symbolise le triomphe de la religion  ,face au public , des sculptures en marbre blanc représentant la Religion , Saint Pierre , Saint Paul , Saint Lambert , Saint Hubert .  

A l’arrière , la représentation de Lucifer , le génie du mal .

A l’origine une sculpture de Joseph Geefs ( frère de Guillaume )  est installée en 1843.Elle est refusée par le conseil de fabrique de la cathédrale car est jugée trop belle , «  ce diable est trop sublime » , il risque de distraire les paroissiennes , rapporte t-on dans les journaux de l’époque .

Guillaume Geefs réalisera  à la place de son frère, le Lucifer actuel , représenté sous les trait d’une jeune homme , vêtu d’une d’une simple draperie  pourvu d’ailes de chauve souris , enchainé à un rocher  … la beauté du diable .

 

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Le dompteur de taureau de Léon Mignon  ( 1881 )

La sculpture avant même d’être installée est l’objet  d’une polémique lancée par le quotidien catholique , ‘la gazette de Liège ‘,  le sujet de discorde concerne la nudité du dompteur . La gazette s'indigne de ce spectacle , dit-elle , d'un réalisme révoltant .

La sculpture est installée aux Terrasses le 28 juin 1881   ,  à la stupeur générale , le dompteur apparaît doté d’une feuille de vigne en plomb .

La feuille de vigne ne restera en place que quelques jours . 

Le taureau devint un sujet de conversation populaire et  un lieu de promenade très couru . Il se disait partout que le taureau montrait en grand ce que Mannekenpis  montrait en tout petit à Bruxelles . Pendant la guerre 40-45 , le taureau fut  caché à l’Académie  et sauvé de la fonte . A sa réinstallation aux Terrasses après la guerre , le taureau devint l’emblème des étudiants , qui fêtent chaque année la Saint Torè , et vont en cortège peinturlurer les attributs du taureau (qui en a vu de toutes les couleurs ).

 

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"Le Faune mordu " de Jef  Lambeaux  ( 1905 )

L’œuvre est déjà connue , avant d’être exposée à Liège , elle a été montrée à Bruxelles , Paris et Saint Louis , sans que cela ne soulève de protestations .

Cependant  à Liège , la gazette de Liège , part au combat , en 1905 , contre les nudités sculptées ou peintes que pourraient voir les millions de spectateurs qui se rendront à l’Exposition Universelle .

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Sous prétexte d’atteinte à la décence , le 8 mai 1905 , la statue de Jef Lambeaux  est dissimulée sous une bâche  et descendue de son socle , elle est entreposée dans une caisse . Une polémique s’engage .

Jef Lambeaux sera affecté par cette mise à l’écart de l’œuvre .Par la suite , en signe de réparation à l’outrage fait à l’artiste et à son œuvre , la  ville de Liège achetera le "Faune mordu" , il est exposé depuis  les années '50 dans le parc de la Boverie .

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( Voir aussi "Passions humaines "de Jef Lambeaux ( 1889), abrité dans un pavillon conçu par Victor Horta et situé dans le parc du cinquantenaire à Bruxelles , oeuvre tournant autour du bonheur et des péchés de l'humanité dominés par la mort .)  

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Ernest Marneffe ( 1866 - 1920 )

Une grosse partie de l'oeuvre d'Ernest Marneffe est consacrée à la représentation de la femme . En plus de qualités indéniables de plasticien et de coloriste , Marneffe sort des sentiers battus avec une représentation toute personnelle de la sensualité féminine à une époque encore étouffée par le carcan de la société .

La femme peinte par Marneffe n'est pas neutre ou indifférente , elle interpelle le spectateur , et cet échange de regard est troublant ( trop pour certains qui l'ont qualifié de peintre maudit .)

Pourtant , rien de sulfureux , seulement la femme , sa beauté , son mystère ...

La façon dont nous abordons la nudité dans l'art en dit parfois beaucoup plus sur nous que sur l'oeuvre elle-même .

 

 

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                    Prochain Post le dimanche 30 novembre , en soirée