06/12/2009

LIEGE HAIKU

La poésie en ville existe , je l’ai rencontrée .

Une libellule égarée qui suivait la rue Saint Remy , un gros pigeon tout à sa toilette dans une flaque d’eau près des Chiroux ... éblouie , je me suis arrêtée , j’ai observé la nature à l’œuvre .

Un  japonais , lui , aurait composé un Haiku .

Une poésie courte , un souffle  ,  un chef d’œuvre de concision .

Un poème qui doit révéler dans le même temps , l’immuable , l’éternité qui nous déborde , le fugitif , l’éphémère qui nous traverse . 

Une  modeste contribution au regard de l'univers .

Voici , quelques poésies anciennes qui gardent toute leur force d'évocation , on est ici dans l'intemporel .

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Parc de la Boverie , la Dérivation

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Au clair de lune

je laisse ma barque

Pour entrer dans le ciel

Koda Rohan (1867 - 1947)

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Jardin entre l'impasse de l'ange et l'impasse de la couronne   

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Sans savoir pourquoi

j'aime ce monde

où nous venons pour mourir

Natsume Sôseki ( 1865 - 1915 )

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Quai Van Beneden , n°6 , Architecte Paul Jaspar , année 1897 . Commanditaire Charles Magnette , avocat et ministre d'état . Sgraffite néo-égyptien . Plusieurs niveaux de lecture :  ésotérique ,  la pesée des âmes ;  juridique , la référence à la loi . 

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Devant l'éclair -

Sublime est celui

qui ne sait rien

 Matsuo Bashô (1644 - 1694)

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Le sgraffite restauré , surprenant , le fond bleu .  La photo précédente , montre quelques traces d'enduit bleu  persistant au ras de la corniche .

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Coup de tonnerre

 dans le ciel bleu  -

 éclat du vrai dans l'homme

  Katô shûson  (1905-1993)

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 Dans la brume de printemps

 le vol blanc

 d'un insecte au nom inconnu

 Yosa Buson  (1716 - 1783)

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"Le Haiku n’oublie jamais la danse frémissante de la partie et du tout . Oeuvrant à un ré- enchantement généralisé , il remercie la vie partout où elle s’improvise – de commencement en commencement . Suggérant , sollicitant – des vers luisants aux comètes , du grain de riz à la galaxie – une solidarité universelle du vivant , malgré la mort , malgré la souffrance . Il y a là  , entre intuition et attention , un sentiment d’appartenance à la totalité sensible . Une esthétique qui est toujours une éthique – une éthique de l’amour ultime ."

Corinne Atlan et Zéno Bianu , Haiku , Anthologie du poème court japonais , Gallimard

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Sur une pierre

la libellule

rêve en plein jour

Taneda Santôka (1882 - 1940)

 

 

 Prochain Post le dimanche 13 décembre 2009 en soirée

06/11/2009

LIEGE LE CARRE

C’est un lieu mythique à Liège .  C’est notre patrimoine immatériel .

Les générations d’étudiants s’y succèdent  , mais c’est toujours le même lieu de guindaille , de sorties en groupes , de rigolades pour certains , et de solides beuveries pour d’autres .

Là , on trouve des cafés obscurs ,  où on oserait pas entrer seule ( enfin , moi ) ,  qui côtoient  des restos clairs et accueillants ( où je vais ) .

Le Carré , c’est une vie intense nocturne toute l’année , avec des pics d’activité les jours de baptême et de Saint Nicolas . C’est aussi un lieu de bagarre , régulièrement la presse fait écho de querelles , de coups de couteaux , de fusillades … 

«  (…) Faire le carré est donc resté dans la terminologie estudiantine qui en a fondé l’expression , l’ordre et la règle , une manière de drague vieille comme le monde , une flânerie sans mobile  trop apparent dans un périmètre convenu où les filles et les garçons se donnaient tacitement le mot pour n’en échanger aucun , qu’il n’aient , au préalable , écumé  et ré-écumé leur carré en inversant si nécessaire le sens de la marche , avant d’oser une première ébauche d’abordage ( …) Vera Feyder , Liège , « des villes » ,  édition Champ vallon .

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Le Carré ,  les  rues qui le compose : la rue d’Amay , rue Tête de bœuf , rue Saint Jean de l’Isle , la rue du pot d’or , la rue des Célestines , en bergerue ,  et en bordure du Carré :  la rue de la casquette , la rue des Dominicains , la  rue Pont d’Avroy   .

J’ai peu fréquenté le Carré , mon seul souvenir reste attaché au Seigneur d’Amay , qu’un assistant de Bavière nous avait fait découvrir ( nous étions stagiaires à l’époque )  , je me souviens d’un lieu chaleureux , du piano –bar , des clients qui poussaient sans complexe la chansonnette . C’était joyeux ou parfois mélancolique . Ce sont de beaux souvenirs .

 

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Le Carré : C’est un lieu un peu fou et déjanté , des cafés bondés où l’on se presse ,  où l’on se rend en groupe , où parfois l’on se cherche l’un l’autre toute une soirée , sans jamais se rencontrer .

 

L'aquarelle , la guimbarde , chez Bouldou , le yellow submarine , l'imprévu , l'aéropostale , le géographic café , le bara'rhum , le duplex , le saloon , la crémerie , le smile ... +/- 35 cafés ,  aussi des restaurants   ( le parc à moules , les trois rivières , le giardini ...)

Un  de ces cafés  manque à l'appel , c'est le Seigneur d'Amay .  il est laissé là , abandonné . C'est un monument de l'histoire Liégeoise . Une maison du 1 er quart du 16 ème siècle . Beaucoup d'entre nous le connaissent pour l'avoir fréquenté étant étudiant . Pour la belle ambiance qui s'en dégageait .

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En parlant du Seigneur d’Amay , Vera Feyder dit : (…) J’y suis revenue , pourtant , des années plus tard . Un après midi d’hiver , justement  , de grisaille et de neige fondue . Il y faisait chaud d’une bonne chaleur que la couleur des vitraux attisait de reflets mordorés aux lumières ; un piano jouait tout seul discrètement ,  des slows vaguement jazz pour deux amoureux qui n’en étaient que plus seuls au monde . Au dehors on entendait des paquets de neige tomber des gouttières ,(…)  Vera Feyder , Liège, « des villes » ,  édition champ vallon .

 

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Ici l'autre partie de la maison qui est , elle , occupée par un restaurant italien .

"Le Seigneur d'Amay" va être restauré , il est maintenant la propriété de l'Institut du Patrimoine Wallon ,  les travaux de restauration dureront jusqu'en 2010-2011. Ceci a été annoncé dans la presse en 2008 . Pour le moment on ne voit pas grand chose bouger au niveau du bâtiment .  

Le projet consiste en une utilisation des lieux pour des activités culturelles type café-concert dont la programmation serait confiée au Forum . Une partie servira pour des concerts intimistes  ( 30 à 40 personnes ) . La cour intérieure sera vitrée , le bâtiment qui donne sur la rue tête de boeuf , sera  aménagé en style plus contemporain et utilisé par les bureaux de l'institut du patrimoine Wallon .(IPW)

Institut du Patrimoine Wallon : site internet :

http://www.institutdupatrimoine.be/code/fr/mission_a_bien_detail.asp?pk_id_bien=59

 

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Ce resto situé rue du pot d'or s'appelle maintenant "les trois rivières" . Je ne connais plus le nom de ce resto dans les années 80-90 . J'y allais manger de temps en temps à midi . Je me souviens , c'est là que j'ai entendu pour la première  fois Tracy Chapman  , et que j'ai apprécié  cette voix particulière . Pour , par la suite , découvrir des textes très beaux et très vrais ; C'était vers 1988 .

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Le matin , je me réveille en douceur au son de Classic 21 . J'entends  souvent  des disques des années '60-'70  que j'avais oublié , qui sont extraordinaires . Ils me font émerger lentement du sommeil , dans une sensation de bien-être . Comme un présage favorable , j'emporte au dehors cette musique avec moi.  Voilà une  nouvelle journée qui commence bien .

Prochain Post le dimanche 15 novembre 2009 en soirée